Tuesday, March 11, 2008

Lumumba's Last Letter

Ma compagne chérie,

Je t'écris ces mots sans savoir s'ils te parviendront, quand ils te parviendront et si je serai en vie lorsque tu les liras.  Tout au long de ma lutte pour l'indépendance de mon pays, je n'ai jamais douté un seul instant du triomphe final de la cause sacrée à laquelle mes compagnons et moi avons consacré toute notre vie.  Mais ce que nous voulions pour notre pays, son droit à une vie honorable, à une dignité sans tache, à une indépendance sans restrictions, le colonialisme belge et ses alliés occidentaux-- qui ont trouvé des soutiens directs et indirects, délibérés et non délibérés, parmi certains hauts fonctionnaires desNations-unies, cet organisme en qui nous avons placé toute notre confiance lorsque nous avons fait appel à son assistance -- ne l'ont jamais voulu.

Ils ont corrompu certains de nos compatriotes, ils ont contribué à déformer la vérité et à souiller notre indépendance.  Que pourrai je dire d'autre ? 

Que mort, vivant, libre ou en prison sur ordre des colonialistes, ce n'est pas ma personne qui compte.  C'est le Congo, c'est notre pauvre peuple dont on a transformé l'indépendance en une cage d'où l'on nous regarde du dehors, tantôt avec cette compassion bénévole, tantôt avec joie et plaisir.  Mais ma foi restera inébranlable.  Je sais et je sens au fond de moi même que tôt ou tard mon peuple se débarrassera de tous ses ennemis intérieurs et extérieurs, qu'il se lèvera comme un seul homme pour dire non au capitalisme dégradant et honteux, et pour reprendre sa dignité sous un soleil pur.

Nous ne sommes pas seuls.  L'Afrique, l'Asie et les peuples libres et libérés de tous les coins du monde se trouveront toujours aux côtés de millions de congolais qui n'abandonneront la lutte que le jour où il n'y aura plus de colonisateurs et leurs mercenaires dans notre pays.  A mes enfants que je laisse, et que peut-être je ne reverrai plus, je veux qu'on dise que l'avenir du Congo est beau et qu'il attend d'eux, comme il attend de chaque Congolais, d'accomplir la tâche sacrée de la reconstruction de notre indépendance et de notre souveraineté, car sans dignité il n'y a pas de liberté, sans justice il n'y a pas de dignité, et sans indépendance il n'y a pas d'hommes libres.

Ni brutalités, ni sévices, ni tortures ne m'ont jamais amené à demander la grâce, car je préfère mourir la tête haute, la foi inébranlable et la confiance profonde dans la destinée de mon pays, plutôt que vivre dans la soumission et le mépris des principes sacrés.  L'histoire dira un jour son mot, mais ce ne sera pas l'histoire qu'on enseignera à Bruxelles, Washington, Paris ou aux Nations Unies, mais celle qu'on enseignera dans les pays affranchis du colonialisme et de ses fantoches.  L'Afrique écrira sa propre histoire et elle sera au nord et au sud du Sahara une histoire de gloire et de dignité.

Ne me pleure pas, ma compagne.  Moi je sais que mon pays, qui souffre tant, saura défendre son indépendance et sa liberté.

Vive le Congo !  Vive l'Afrique !

Patrice Lumumba 

My Dear, 

              I am writing this without knowing whether you will ever get it, or when, or whether I shall be still alive when you read it. Throughout my struggle for the independence of my country I have never for one instance doubted that the sacred cause to which my friends and I have given our lives would triumph in the end.  But what we have wanted for our country, the right to honorable life, to untarnished dignity, to unrestricted  freedom-these things have never been desired on our behalf by those important officials in the UN in whom we put our trust, and upon whom we called for help, because, whether they knew it or not, they were directly or indirectly supporting the colonialism of Belgium and her friends in the West.

               They have corrupted the minds of some of our compatriots, others they have simply bought, and they have played their parts in distorting  truth and shackling  our independence.  Dead or alive, free or imprisoned by the colonialist, it is not I who matter, it is the Congo, it is our poor people whose independence has been turned into a cage in which we can be watched by those outside, either with positive pleasure, or with benevolent compassion.  But my faith remains unshaken.  I know, and feel in my heart, that sooner or later my people will shake off all enemies, inside and outside our land, and they will rise as one man to say "no" to the shame and degradation of colonialism and to assume once again their dignity under clear skies.

            We are not alone, Africa, Asia, and the free and freed peoples all over the world will always stand beside those millions of Congolese  who will not give up the struggle until the day when no colonizers and no mercenaries are left on our soil. I would like my children, whom I am leaving and may perhaps never see again, to be told that the Congo has a great future, and that it is up to them as to every other Congolese, to carry out the sacred task of rebuilding our independence and our sovereignty, for where there is no dignity, there is no freedom, and where there is no justice there is no dignity, and there is no independence there are no free men.               

No brutality, no agony, no torture has ever driven me to beg for mercy, for I would rather die with my head high, my faith unshaken, and a profound trust in the destiny of-my country, than live in subjection seeing principles that are sacred  to be laughed to scorn.  History will have it one day-Not the history they teach in Brussels, Paris, Washington or the United Nations, but the history taught in the countries set free from colonialism and it's puppet rulers, Africa will write her own history, and both north and south of the Sahara.  It will be a history of  glory and dignity.              

Do not weep, my love; I know that my country, which has suffered so much, will be able to defend it's independence  and liberty.

Long live the Congo!            
Long live Africa! 

Patrice Lumumba

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